Le défi de la ville durable en Afrique

 

Comment répondre au développement urbain massif attendu en Afrique ? De retour d’une mission à Abidjan sur le projet franco-japonais pour une ville durable en Afrique, notre contributeur liste les moyens qui devront être mobilisés sur le continent.

La maîtrise de l’impact du développement urbain massif attendu en Afrique dans les prochaines années est certainement l’un des grands enjeux du 21e siècle. Comme le soulignait Lionel Zinsou, Premier Ministre du Bénin et candidat à la prochaine élection présidentielle, dans une interview au Point en Avril 2015 : « Le continent va devoir installer un milliard de nouveaux urbains en une génération. Ce que l’Afrique va faire, personne ne l’a jamais fait ». Le choix d’un développement urbain durable qui permette à la ville africaine de demain d’être socialement inclusive, économiquement productive, résiliente et frugale sur le plan de l’environnement va devoir mobiliser des moyens publics et privés très importants dans six domaines :

  • l’accès aux services essentiels (eau, assainissement, sécurité, traitement des déchets, santé, éducation) est une condition de base loin d’être remplie dans la plupart des villes africaines. Parcourir un quartier d’Abidjan qui n’est pas relié au réseau d’eau et sans aucun assainissement en est une illustration forte : les femmes s’y lèvent à quatre heures du matin pour aller faire des réserves pour la journée au point d’eau le plus proche. Il n’y a pas de station d’épuration à Abidjan…
  • l’intégration des quartiers précaires à la ville formelle pour réduire l’exclusion urbaine, sociale et foncière de leurs habitants.
  • la maitrise de la consommation d’énergie associée à la mobilisation des énergies renouvelables.
  • le dynamisme et l’attractivité économique en facilitant les échanges et la création d’entreprises, en proposant les services qui permettent aux entreprises de se développer, en promouvant des plateformes éducatives qui produiront les talents nécessaires aux activités publiques et privées.
  • la décongestion urbaine et l’assurance d’une mobilité urbaine s’appuyant sur un système de transports multimodal, sobre en consommation d’énergie, au sein duquel les transports collectifs sont appelés à jouer un rôle pivot. À Abidjan, 400 bus desservent une population de 5 millions d’habitants…
  • le développement d’un projet culturel commun pour favoriser l’intégration et créer une véritable unité urbaine.

Parmi les initiatives multiples maintenant engagées dans ce domaine, on peut signaler en particulier ce projet franco-japonais pour la ville durable en Afrique qui réunit les expertises françaises et japonaises sur la ville, les ressources des agences d’aide au développement, les projets d’entreprises privées pour proposer des solutions contribuant à développer une ville durable. Le projet pilote est précisément Abidjan avec trois priorités : le schéma de transport, l’assainissement et l’adduction d’eau. Ce n’est qu’un début et le temps presse !

par Thierry Moulonguet

Source : Revue des deux Mondes